Le spectacle : les notes d'intentions
Présentation - Notes d'intention - Distribution

 

Lorsque l'on prononce le nom d’Aristophane, l'on voit se former immédiatement une ride sur le front de son interlocuteur. Celui-ci cherche dans ses souvenirs scolaires quand, où et quoi est-ce déjà...

 

C'est antique, je confirme. C'est du théâtre, je confirme. C'est de la comédie, j’approuve. Mais ce que jamais de vagues souvenirs scolaires n’éclairent, c'est que le théâtre d’Aristophane c'est la truculence, la truculence avant tout…

 

C'est le spectacle vivant dans toutes ses dimensions : on y dit de la poésie, on y chante, on y fait de la musique, on y tient des propos politiques, l'on y entend des blagues douteuses, on se perd en des quête foireuses... Dans nos oiseaux, nous tâchons de respecter tout cela.

 

C'est la somme des moyens qu'il faut réunir pour dire un Aristophane qui nous a immédiatement séduit.

 

La Compagnie La soupe aux étoiles étant un collectif d'artistes pluridisciplinaire, grâce à Aristophane nous avions les moyens de mettre en scène les savoir-faires artistiques de chacun et les mettre au service d'un spectacle qui, fidèle à l'esprit de La soupe aux étoiles ainsi qu'à celui d'un texte d’Aristophane, se veut et se revendique spectacle populaire.

 

Car nous l'affirmons et tentons de le prouver dans ce spectacle, c'est du peule et au service de celui-ci que sont nés les oiseaux.

 

Pour ce faire nous avons réfléchi aux moments où se sont fabriqués les mythes et histoires qui forment la trame des oiseaux.

 

Souvenons-nous que c’est devant des huttes de torchis, aux temps préhélléniques, que des paysans de l'âge de bronze, dont les rois possédaient deux hectares d'oliviers et cinquante chèvres, ont inventés en s'amusant des histoires contenant tous les possibles du monde.

 

Qu'à partir de cailloux qui font de la musique et d'histoires de poulets qui parlent, ils ont inventé la comédie, la parodie, la satire, le théâtre…

 

Ce sont ces moments de jeux que nous reproduirons dans notre spectacle.

 

Bien avant les marbres et les amphithéâtres de quinze mille places, tout ce que contiennent les oiseaux de sagesse, de politique, de poésie, de rire, avait été dit et mis en place dans des contes, des mythes, des croyances et des jeux.

 

Chez Aristophane rien de scolaire, c'est la mise en scène de ces histoires nées de l'amusement, de la fantaisie. C'est un théâtre de carnaval : on se grime, on renverse les rôles, on caricature, on se rit des systèmes en place, en chantant, dansant, faisant de la musique et menant grand tapage.

 

Dès lors dans nos oiseaux, en collectif joyeux, nous tentons de faire entendre que comme les grecs anciens, inventer demain est possible. Qu'inventer demain ne demande qu'une seule et simple chose : être capable de s'amuser ensemble...

 

Cette année des hommes furent assassinés parce que voulant amuser, parce que voulant dénoncer les absolutismes : en dessinant des caricatures.

 

En ce moment même, des dizaines de milliers d'hommes sont sur les routes de l'exode, parce que leur dictateur ne supporte même plus de les laisser vivre.

 

Cette année, tous les partis prônant le recours à l'homme providentiel et tentant d'imposer leur seule vision du monde dépasseront partout 20% en Europe.

 

Le philosophe Dionys Mascolo a dit : Le théâtre est cette part non fatale du devenir...

 

Il est donc l'heure que se fassent entendre à nouveau les oiseaux, cette farce qui est avant tout une satire, une satire contre le populisme et les populistes.

 

Oui ! Il y a deux mille quatre cents ans, des paysans de l'âge de bronze en avaient tracés tous les ridicules, tous les mirages, tous les dangers. Peut-être imaginaient-ils instruire en amusant...

 

Il y a quelques jours, Viktor Orban justifiait son refus de laisser passer les migrants en ces mots : Le bon sens nous y oblige. Le bon sens populaire est supérieur à la politique.

 

Il y a quelques mois, un ancien président de la république, Nicolas Sarkozy pour ne pas le citer, justifiait son retour en politique par ces mots :
Croyez-moi lorsque je vous dit que ma vie à moi est pleinement réussie.
Si je souhaite me représenter aux responsabilités, c'est que je souffre lorsque je vois l’état dans lequel se trouve notre pays.

 

Ce sont là, mots pour mots, des citations d’Aristophane.
Les outils du populisme sont depuis la nuit des temps les mêmes.
Aristophane n'est pas une leçon d'histoire, c'est l’actualité des hommes.

 

Quant à ces grotesques marchands de rêves que sont les populistes, avec les oiseaux moquons-les ; couvrons-les de ridicule ; dénonçons leurs procédés et leurs funestes buts.

 

Avec et comme Aristophane : en leur opposant nos rires, nos musiques, nos jeux. Là est notre part non fatale du devenir, là sont toutes les ambitions de cette création.

 

Didier CHAUT (adaptation et mise en scène